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060723:0345 étatique libéralisme 15 min mots

COMMERCE EQUITABLE NEOLIBERAL ET VERITABLE COMMERCE EQUITABLE...

« Le commerce équitable illégal à l’OMC. Sauf si... :

Pour l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les affaires doivent primer sur toutes autres considérations, fussent elles humaines, environnementales ou sociales.



A produit égal, traitement équivalent. C’est le sens du « principe de non-discrimination », explique Marion Brodeau (1). Principe séduisant au premier abord, sauf que le mécanisme d’examen des politiques implique que les Etats n’aient plus la libre détermination de leurs politiques commerciales. Toute discrimination et toute préférence sont désormais interdites (2). En dehors des cas où les intérêts des Etats-Unis ou de l’Europe pourraient être menacés...



Ce principe interdit toute politique de discrimination positive. Comme le traitement préférentiel...au nom de l’équité, par exemple. Dans ce contexte, le commerce équitable, pourrait bien être considéré comme « illégal » au regard des critères édictés par l’OMC...s’il venait à avoir l’outrecuidance de remettre véritablement en cause le dogme ultralibéral dominant.



D’où l’impérieuse nécessité, pour ses opposants, comme pour une part de plus en plus isolée de ses acteurs, de limiter un certain commerce équitable à « une aide aux petits producteurs du Sud ». En le cantonnant à quelques produits de niches, exotiques et symboliques, n’affectant en rien le système imposé par l’OMC comme...sa norme.



A moins que, dociles, les promoteurs de ce commerce-là n’acceptent d’être « raisonnables » ((on peut effectivement se demander quelle est ce type de raison ?...)), c’est-à-dire de s’accommoder, d’accompagner et finalement de cautionner ((comme le « parti socialiste » par exemple))...l’ultralibéralisme déshumanisé.



Dans cette hypothèse, rien ne s’opposerait à la mise en place de solides passerelles, permettant une étroite et réelle COLLABORATION, susceptible d’entraîner et de faire basculer l’ensemble du commerce équitable dans la « bonne direction », conduisant...à sa quasi-neutralisation. ((« puisque le monde bouge » nous disent certains banquiers...alors que Max Havelaar France a fait partie du « collectif OMC 10 ans ça suffit ! »...))



Une approche actualisée de la théorie des avantages comparatifs :



La concentration, dans l’industrie et dans le commerce, a institué un rapport de force qui soumet l’humain au bon vouloir du financier, organisant le pillage du tiers-monde au profit d’une poignée de transnationales apatrides, caractérisées par leur nomadisme de circonstance. Elles ont à leur disposition, avec la complicité des Etats c’est-à-dire, très concrètement...du monde politique, une centaine de paradis judiciaires et fiscaux (3), véritables zones officielles de « non-droit ».



Elles ont par ailleurs la faculté d’échapper à tout moment à leurs obligations, en brandissant la menace de la délocalisation de leurs sièges sociaux et de leurs activités. Il leur suffit d’arbitrer la « géographie », en fonction de leur objectif recherché. ((quel type de pouvoir y a-t-il en fait derrière les transnationales, les milieux financiers, le FMI, l’OMC, la Banque mondiale et les politiciens corrompus ???...))



Dans tel pays, où la main d’œuvre est moins chère, peu regardant en terme de normes sociales et environnementales...le site de production. Dans tel autre, à forte stabilité politique, sans risque monétaire et financier, bien plus avantageux fiscalement... la localisation du siège social, où seront déclarés les bénéfices du groupe. Dans d’autres encore, pays riches et à fort pouvoir d’achat par habitant...la concentration des forces de vente et de la puissance commerciale.



Une approche actualisée de la fameuse théorie des avantages comparatifs... ((une stratégie des élites et de groupes secrets qui ne veulent pas que le monde évolue, mais plutôt que le monde reste figé dans leur « néolibéralisme » mondialisé...voir les processus de la dette par exemple.))



« Où qu’ils opèrent dans le monde, ces conglomérats transnationaux peuvent recourir à des filières à l’étranger, des joint-ventures, des accords de licence et des alliances stratégiques pour prendre telle ou telle identité nationale répondant à leurs objectifs. Chaque fois qu’ils en ont besoin, ils se drapent dans le drapeau national de leur choix pour obtenir des avantages fiscaux, des subventions de recherche ou une représentation au sein du gouvernement lors de négociations concernant leurs projets de commercialisation. Ces firmes apatrides parviennent ainsi à transformer les Etats-nations conformément à leurs intérêts », explique Tony Clarke (4), Directeur de l’institut Polaris (5) au Canada.



Départ imminent pour le XIXe siècle :



Une logique qui n’est que l’aboutissement de cette globalisation universelle du néolibéralisme que le président du groupe helvético-suédois ABB (6) définissait, dès 1995, comme la liberté pour son groupe « d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales... ». Le bonheur économique...si je veux !



Dans un véritable coup d’Etat permanent, une poignée d’instances internationales (OMC, FMI, BM), qui se sont auto-érigées en pouvoirs supranationaux, bien que n’ayant reçu aucun mandat démocratique et n’ayant de comptes à rendre à personne, ont désarmé les Etats et leurs représentants, leur dictant la politique qu’ils se doivent de suivre servilement.



Et si rien n’est fait à l’échelle planétaire, c’est à un véritable voyage dans le temps auquel nous convient ces Jules Verne de l’apocalypse. Départ imminent pour le XIXe siècle... Hâtez-vous ! Il n’y aura pas de place pour tout le monde...



Les Nouveaux Maîtres du monde niant l’héritage des Lumières :



« Alors que les mercenaires de l’Organisation mondiale du commerce veillent à la circulation des flux commerciaux, ceux de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international s’occupent des flux financiers (7) ».



Le Suisse Jean Ziegler, rapporteur spécial de la commission des droits de l’homme pour le droit à l’alimentation de l’ONU, n’est pas homme à mâcher ses mots.



On voudrait croire le commerce équitable à minima propre à juguler la domination exponentielle de ceux que Jean Ziegler nomme « Les Nouveaux Maîtres du monde ». Mais le remède est-il en proportion du mal diagnostiqué ?



Ne faut-il pas craindre, au contraire, que le commerce équitable devienne l’instrument de ces derniers, à l’instar de ces incontournables ONG que l’on sort régulièrement du placard, comme autant de trousses à pharmacie, après toute intervention militaire menée, comme il se doit...au nom du Bien ? ((même les ONG « écologistes-environnementales » françaises ne sont pas à l’abris de manipulations « élitaires »...))



« Paranoïa et théorie du complot », rétorqueront les bien-pensants.



On pourrait le penser, si l’OMC, le FMI et la Banque mondiale n’œuvraient conjointement pour l’avènement d’un « autre monde », en pleine réalisation celui-là, s’appuyant sur le fameux « consensus de Washington (8) ».



Ces accords informels sont contraires aux valeurs fondamentales de notre société. « Le but de l’Histoire est de créer une société humaine, dominée par la raison, où l’homme prime sur le capital », rappelle Jean Ziegler (9) avec un bon sens totalement décalé...



Aux antipodes de la voie officielle poursuivie. Et de ce que nous promettent les nouveaux maîtres du monde : « un modèle de société dont la figure centrale est le gladiateur, dont le but principal est la maximisation du profit en un minimum de temps, niant l’héritage des Lumières : les valeurs de solidarité, de réciprocité et de complémentarité entre les êtres, les nations, le contrat social, l’idée de capacité normative de l’Etat, l’idée que tout pouvoir sur les hommes ne peut s’exercer qu’avec leur consentement par délégation, la souveraineté populaire (10) ».



Des valeurs qui finalement se recoupent avec celles défendues par les promoteurs d’un véritable commerce équitable...



Subordonnant définitivement le commerce et l’économique à l’humain :



Le débat qui agite le Landerneau du commerce équitable dépasse désormais le cadre étriqué de la « consommation responsable » pour s’élargir à celui d’un « véritable choix de société » intégrant les problématiques sociales, sociétales, environnementales et économiques. Un débat aujourd’hui confisqué par quelques organismes supranationaux totalement illégitimes qui décident pour les citoyens et pour ceux que ces derniers croient encore être leurs représentants.



Initié par le militantisme citoyen, le commerce équitable a été récupéré par quelques marchands d’illusion ((Max havelaar, les Multinationales de la grande distribution et de l’agroalimentaire, etc.)), qui n’ont pas tardé à en faire un « produit grand public ». Un consommable parmi d’autres...sur les 60 000 références que compte en moyenne un hypermarché.



Les plus pessimistes ont pu croire que tout était perdu, que le commerce équitable avait définitivement été dévoyé, récupéré, noyé dans la masse des concepts recyclés, broyé par la machine à détruire les Utopies...



Il n’en est rien. En se donnant aux plus offrants, les adeptes de la marchandisation de l’équitable ont ouvert la boîte de Pandore. Et loin de les repousser...le débat actuel ouvre les yeux des citoyens-consommateurs qui exigent à présent une véritable transparence et réclament « plus » et « mieux » d’équitable, tout au long des filières. Au Sud comme au Nord, dans les relations locales comme dans les relations internationales.



« L’humanité est contrainte d’être autre, puisque pour la première fois de son histoire, elle est devenue globale », écrivait l’abbé Pierre en 1993. ((Henri Grouès, c’est-à-dire l’abbé Pierre, est l’inventeur du commerce équitable français ! ; voir les pages 47, 48, 49 du livre...)



Il reste encore aux consomm’acteurs à sortir définitivement du carcan étriqué de « consommateurs d’équitable » dans lequel les « publicitaires » tentent de les enfermer... Le débat qui fait rage et la prise de conscience qui progresse, démontrent que cette première étape est en passe d’être franchie.



Partout en Europe...En Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Belgique, en France aussi, des voix s’élèvent pour exiger un véritable commerce équitable qui ne soit pas sous l’emprise des manipulateurs de la communication et du marketing.



Il manque encore un cadre universel qui s’imposerait comme... « la norme ». Cela ne se fera que si les citoyens se réapproprient le politique, en instituant notamment une véritable OMC...Organisation mondiale du citoyen, subordonnant définitivement « le commerce » et « l’économique » à l’humain et à ce qu’il reste de son environnement.



Alors seulement les conditions seront réunies pour l’instauration d’un authentique commerce équitable, s’inscrivant dans l’approche beaucoup plus globale d’un véritable choix de société... ».



Fin du livre.



Pour conclure, une petite citation issue du début de la conclusion du même livre :



« De la posture éthique à l’imposture équitable :



Démobilisatrice en apparence, la dénonciation des dérives, des abus et des excès commis au nom de l’équité arrive pourtant au bon moment. Avant qu’il ne soit trop tard...



Tous, Artisans du Monde, Minga, et même Max Havelaar, s’accordent au moins sur un point. Celui de reconnaître que le commerce équitable, qui ne représente aujourd’hui qu’à peine 0,00875 % du commerce mondial (11) - c’est-à-dire beaucoup moins qu’un symbole - , ne pèse pas bien lourd par rapport à son potentiel mais surtout...face à l’écrasante domination du commerce ultralibéralisé autant que déshumanisé. ((Pourtant, l’être humain et le monde ne sont ni des marchandises ni des machines !...))



Faire le point aujourd’hui ne fait donc courir qu’un risque minime au secteur.



La mise en évidence de certaines incohérences peut certes malmener, voire décourager une frange de clientèle qui ne voyait dans l’équitable qu’une « offre produits » nouvelle, estampillée d’une petite dose d’humanitaire et de bonne conscience à pas cher. Celle pour qui l’équitable se résume à un logo apposé sur une poignée de produits entassés dans un « corner » au fond d’un supermarché.



Mal informée, non informée, désinformée le plus souvent...cette clientèle risque effectivement de se détourner d’un certain commerce qui est à l’équitable ce que le Canada Dry est à l’alcool prohibé...



Mais ce risque est minime.



Et les déviances ayant conduit de la posture éthique à l’imposture équitable ne doivent pas pour autant nous conduire à rejeter l’idée de l’Equitable.



Un rôle pédagogique renforcé pour les militants et les bénévoles :



Les militants et les acteurs du changement, ceux qui s’inscrivent dans une logique de construction d’un autre monde possible, ont depuis longtemps intégré ce débat qui déborde aujourd’hui du cercle des seuls initiés de la « consommation citoyenne ».



Les promoteurs d’un véritable commerce équitable, les militants et les milliers de bénévoles qui donnent tant pour contribuer à adoucir le monde trouveront ici une nouvelle émulation et verront leur rôle pédagogique renforcé. Libérés d’un amalgame et d’une confusion qu’ils ne sont plus prêts à supporter, ils sortiront renforcés de cette confrontation à laquelle ils ne pouvaient plus échapper.



Plus que jamais, ils devront s’impliquer et expliquer. Dans les médias ((si possible...)), dans les forums, sur les lieux de ventes, partout où il y a de l’échange... Expliquer. Expliquer encore...



En quoi consiste un véritable commerce équitable. En quoi il ne peut se résumer à un « Produit » abandonné sur l’étagère d’un Supermarché. En quoi il s’agit avant tout d’une façon de concevoir la relation humaine dans un comportement global...une façon d’être.



Avoir ou être...là encore.



L’abnégation et l’altruisme de milliers de militants humiliés et trompés :



Les acteurs historiques du commerce équitable se sont efforcés d’alerter les opinions et de tenter de sortir de la misère le maximum de déshérités du Sud, grâce à l’abnégation et à l’altruisme de milliers de militants, aujourd’hui humiliés et trompés par ceux qui vident leur noble démarche de son contenu, pour n’en retenir que « l’image valorisante »...qu’ils valorisent à des fins purement mercantiles.



Quelle déception, pour ces femmes et ces hommes qui, loin des projecteurs, oeuvrent au quotidien pour tenter d’inverser la tendance destructrice de cette mondialisation qui n’en finit plus de tout détruire sur son passage !



Quelle humiliation, lorsqu’ils découvrent qu’en leur nom, le commerce équitable peut aussi servir d’alibi et de marchepied au pouvoir politique, qu’il peut l’accompagner dans ses basses besognes et même...collaborer à une démarche néocoloniale trahissant honteusement l’idéal des milliers de militants sincères, manipulés par ces discours humanitaires et tiers-mondistes derrière lesquels se réfugient les acteurs de la spoliation des plus pauvres ».



((voir par exemple la collaboration entre l’association Max Havelaar, l’Etat français et l’entreprise Dagris ! Les OGM en Afrique, etc....))



Enfin, je vous renvoie à la campagne actuelle de la société civile, « Pour un commerce équitable partout, changeons la loi ! », qui regroupe des citoyens, la Confédération paysanne, Breizh Ha Reizh, Nature et Progrès, et Minga (12)...



NOTES :



1) « Le commerce équitable, outil de transformation des échanges marchands » - Marion Brodeau, septembre 2003.



2) Ibid.



3) Contrairement à une idée largement répandue, la vocation première des paradis fiscaux n’est pas d’échapper à la pression fiscale, mais bien de soustraire du regard indiscret des autorités judiciaires locales le produit résultant de l’exercice d’activités illicites : trafic d’humains (réseaux de prostitution, immigration clandestine, trafics d’organes), drogues et substances interdites, armes, trafics d’espèces protégées, d’œuvres d’art, d’influence (commissions aux politiques). La fiscalisation de ces revenus, s’ils pouvaient apparaître au grand jour, rendrait un fier service aux trafiquants, en leur permettant de les blanchir et de les officialiser. La plus grande difficulté aujourd’hui pour les trafiquants est de créer des activités d’apparence légale, pour y injecter des revenus illicites, payer de l’impôt comme tout contribuable et officialiser ces revenus en les réinvestissant dans des activités parfaitement légales. Ces opérations de blanchiment constituent un véritable casse-tête pour toutes les mafias du monde, qui, grâce aux paradis off-shore, s’en sortent plutôt bien. Ces territoires que l’on appelle abusivement paradis fiscaux sont avant tout des paradis judiciaires, accessoirement fiscaux. L’appellation a un effet démobilisateur dans un pays où la fraude du fisc est instituée en sport national, où celui qui réussit passe davantage pour un « malin » que pour quelqu’un qui profite de la collectivité sans en accepter les règles.



4) Cité par Edward Goldsmith et Jerry Mander (traduction Thierry Piélat) dans « Le procès de la mondialisation », Fayard, 2001.



5) Mouvement citoyen antiglobalisation créé au Canada en 1996 (www.polarisinstitute.org).



6) ABB : Asea Brown Boven est l’un des leaders mondiaux des technologies de l’énergie et de l’automation. Le groupe ABB, dont le siège se trouve à Zurich en Suisse, a été constitué en 1988, à la suite de la fusion de la société suédoise Asea et de la firme suisse BBC Brown Boveri.



7) Jean Ziegler, « Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent », Le Seuil, 2003.



8) « Le consensus de Washington est un ensemble d’accords informels conclus tout au long des années 80-90 entre les principales sociétés transcontinentales, les banques de Wall Street, la Réserve fédérale américaine et les organismes financiers internationaux que sont le FMI et la Banque mondiale, avec comme maître d’oeuvre les Etas-Unis. Ces accords informels visent à obtenir, le plus rapidement possible, la liquidation de toute instance régulatrice - Etat ou organisation internationale - , la libéralisatioon la plus totale et rapide de tous les marchés et l’instauration à terme d’un marché mondial unifié et totalement autorégulé », Marion Brodeau, « Le commerce équitable, outil de transformation des échanges marchands », septembre 2003. Voir également l’AGCS (accord général sur le commerce des services)... Et les guerres actuelles...



9) Voir note 7.



10) Ibid.



11) Le commerce équitable ne représente que 350 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les 4000 milliards d’euros du commerce mondial.



12) Liens internet :

http://www.minga.net/article.php3?id_article=411

http://www.minga.net/article.php3?id_article=441



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