Sarkozy ou l'art d'étouffer la cause que l'on embrasse...
Que des chefs d'Etat s'associent au deuil de la population russe est tout à fait normal, que l'on condamne les dits attentats est une évidence mais faut-il pour autant comme le fait le président français Sarkozy, aboutir à la conclusion sur l'origine de l'attentat? Et ce avant même que les services russes aient fait leur enquête, et qu'il soit réellement question d'autre chose que de la « poudrière caucasinne ». Poudrière que l'on ne peut pas résumer à la seule Tchetchénie, en oubliant par exemple que dans le cadre du démantélement de l'ex-URSS, le Daguestan a été le siège d'une veritable invasion wanabite, liée à l'Arabie saoudite, une poursuite de l'offensive menée par la CIA en Afghanistan et que ce qui s'y passe relève du « grand jeu » par lequel on continue à viser le dépeçage de la Russie.
Disons tout de suite qu'il est normal et humain de s'associer au deuil russe, s'il; s'en était tenu là comme la plupart des présidents, il eut été dans son rôle et aurait normalement ppu prétendre parler au nom de la France qui a toujours des liens privilégiés avec le peuple russe. Mais une fois de plus il a fait la preuve de sa volonté de médiatisation, de manipulation de l'opinion publique.
Outre l'émotion que suscite l'attentat, il est clair que l'interprétation de ce que veulent ses auteurs, de qui ils sont, peut être trés différente, et le cadre de la solution encore plus.
Si nous analysons la manière dont les Chinois eux appellent les Russes à résoudre leurs problèmes dans le cadre de l'Organisation de Coopération de Shanghai, on mesure bien qu'il y a là quelques divergences stratégiques et même une différence d'interprétation sur la nature du phénomène à combattre : « Nous condamnons fermement les attaques terroristes survenues contre le métro de Moscou et exprimons nos profondes condoléances », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Qin Gang. Le porte-parole a aussi indiqué que la Chine soutenait les efforts de la Russie dans sa lutte contre le terrorisme et qu'elle espérait développer la coopération dans ce domaine sur le plan bilatéral et dans le cadre de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), de manière à protéger la paix et la stabilité dans la région. »(1)
Si la paix et la stabilité de la région sont le but visé par les Chinois, le but de Sarkozy est apparu au contraire la poursuite de la guerre et son amplification. On ne pouvait s'empêcher de contextualiser cette intervention sarkozienne, à la fois à travers la nouvelle stratégie « otanesque » telle qu'elle vient d'être exposée par son secrétaire général et à ce rapport de la CIA recemment publié. Dans celui-ci où l'on s'interrogeait sur la manière dont on pourrait amplifier le soutien des Français et des Allemands au développement de la guerre en Afghanistan, pour éviter le rejet tel qu'il s'était manifesté en Hollande, il est clair que la multiplication des attentats dans des lieux publics ne peut que favoriser le soutien aux pires expéditions. Comme elle donne corps à la volonté de l'OTAN d'étendre toujours plus son champ d'exercice en renforçant l'hégémonie nord-américaine menacée.
Incontestablement l'intervention de Sarkozy allait dans ce sens avec une fébrilité intempestive.
Premier constat Sarkozy ne semble pas avoir le moindre doute sur l'origine de l'attentat meurtrier, et ce avant même toute enquête de la part des Russes. Deuxième constat, il parle de New York où il est en pleine réconciliation avec Obama et il va au-devant du désir de son hôte: apporter une contribution supplémentaire à la croisade de l'OTAN en Afghanistan...
Tout ça n'est pas sérieux... De la part d'un homme d'Etat responsable. Condamner l'attentat, son caractère assassin et imbécile, oui! Mais avant toute enquête aboutir à la conclusion qui leur convient et nous mène plus avant là où ils veulent qu'on aille, c'est indigne...
voilà donc la déclaration de notre président selon Reuters du 29 mars:
Nicolas Sarkozy a appelé lundi le monde à surmonter ses divisions pour lutter contre le terrorisme après le double attentat suicide qui a fait au moins 38 morts dans le métro de Moscou.
« Dans la lutte contre le terrorisme, on a besoin de chacun, on a besoin de vous », a dit le président français lors d'une intervention devant les étudiants de l'université de Columbia, à New York.
Pour lui, il n'y a aucune différence fondamentale entre « les fous qui font sauter des victimes innocentes dans le métro de Moscou et les insensés qui ont lancé des avions sur les tours jumelles de New York ».
« Quand New York a été attaqué, ce sont toutes les démocraties du monde qui ont été attaquées, et quand Moscou est attaqué, c'est nous tous qui sommes attaqués. Face au terrorisme nous ne pouvons pas nous diviser », a-t-il ajouté.
De même, Nicolas Sarkozy a justifié la présence de soldats français en Afghanistan aux côtés des Américains par la lutte contre le terrorisme.
« Nous resterons (à vos côtés) en Afghanistan parce que la lutte contre les terroristes c'est une lutte qui nous concerne tous, pas simplement les Américains (...) parce que je n'ai pas envie que les taliban martyrisent l'Afghanistan, parce que je n'ai pas envie que le Pakistan, qui a la bombe atomique, tombe dans les mains des terroristes ».
« Nous avons besoin de travailler ensemble », a-t-il conclu.
En lisant cette intervention, surtout en la comparant à celle des Chinois, on ne peut manquer d'être frappé par la manière dont Sarkozy qui a déjà, on s'en souvient, à propos de la Georgie joué les médiateurs entre les Russes, les Américains et l'Union européenne continue à vouloir attirer dans le camp occidental la Russie, à la faire participer activement, voire militairement aux projets otanesques et peut-être contre l'Iran. C'est une stratégie qui a le mérite de rompre avec l'isolement et le mépris dans lequel à la chute de l'Union soviétique on a tenu les Russes, mais le jour de l'attentat il était inopportun d'avancer des pions au point de conforter des doutes sur à qui profitair le crime.
Si on relit les propos du secrétaire de l'OTAN sur le nouveau rôle de l'OTAN, on ne peut manquer d'être frappé de la manière dont Sarkozy reprend la balle au bond. Il y a dans la fébrilité de notre président une tendance à étouffer la cause qu'il embrasse en en révélant un peu trop rapidement les buts et les moyens.
Utiliser la poudrière caucasienne pour faire pression sur la Russie comme pour conforter la stratégie otanesque et poursuivre une guerre en Afghanistan qui ne libère personne mais crée les conditions d'une aggravation de l'instabilité régionale n'a rien de bien nouveau, c'est une stratégie à plusieurs bandes, un nouveau grand jeu... Et déjà à propos de l'affaire géorgienne, nous avions dés le départ noté qu'il s'agissait d'une opération de la CIA et que les Georgiens agissaient pour le compte des Etats-Unis et de leur allié Israël. Comment ne pas songer que si le Président parle du Pakistan, où les militaires semblent reprendre la main, on ne saurait ignorer les tensions iraniennes. Qui cherche à faire exploser quoi?
Danielle Bleitrach
(1) les quotidien du peuple du 30 mars 2010
socio13.wordpress.com

