Les avancées Révolutionnaires en Amérique latine par Remy Herrera*
Remy Herrera m'avait annoncé son dernier livre dont le sous titre dira assez l'ambition : des transitions socialistes au XXI e siècle. Il part d'un constat : « la brusque aggravation de la crise aux Etats-Unis et la poursuite de deux guerres perdues au Moyen orient, (Irak et Afghanistan)rappellent nous explique-t-il un certain nombre de faits. d'abord que la crise n'est pas financière ou même socio-économique, mais systémique, aux multiples dimensions liées(alimentaire, climatique, énergétique, politique culturelle); il s'agit en fait d'une crise structurelle du capitalisme en tant que système mondial, et pas seulement dans sa forme passagère dite néo-libérale. » Rémy Herrera établit un diagnostic que nous ne pouvons que partager: »Expression et extension de la domination de la haute finance, l'impérialisme est indossociable des rapports de domination et d'exploitation que les puissances centrales du Nord continuent d'entretenir avec les périphéries du système mondial capitaliste. « C'est peu dire que rémy dit clairement à ceux qui cherchent une régulation à l'intérieur du système ou à ceux qui refusent de considérer ce qu'est l'impérialisme qu'ils participent de cette étrange situation où on perçoit bien la nocivité d'un système mais les forces progressistes restent sur la défensive. Il ajoute que seule l'Amérique latine et caribéenne offre l'image d'un continent dont les peuples ont commencé à passer à l'offensive. « L'opposition aux Etats-Unis est le principal facteur d'unité des peuples du continent qui savent jusque dans leur chair- que l'impérialisme a mis en oeuvre tous ses moyens et toutes ses énergies pour écraser de façon systématique, obstinée, acharnée chacune des incessantes tentatives qui ont été conduites au Sud pour marcher vers la démocratie et la justice sociale » (p.8) C'est de ce savoir dont malheureusement les peuples européens et français paraissent singulièrement dépourvus et pour cause qui va déterminer la conscience des peuples, et leur formes de résistance dont rémy Herrera va brosser une typologie. Les formes de lutte sont différentes mais toutes s'imbriquent dans cette résistance à un impérialisme allié avec une oligarchie locale en vue du progès social.
Cette synthèse des mouvements sociaux et des pouvoirs, des politiques menées fait tout l'intérêt de ce livre. C'est clair, concis et en même temps articulé par cette problématique que nous venons d'esquisser. Une crise systémique, l'impérialisme dans sa phase sénile de domination de la haute finance de partage d'un système mondial, des forces progressistes en retrait sur la défensive et un continent contraint historiquement à passer à l'offensive à cause de son expérience de ce qu'il peut attendre des Etats-Unis, écrasement, pillage, destruction de toute espérance de justice pour les peuples.
Ce n'est donc pas un hasard si Remy Herrera entame son périple par Cuba socialiste, par la clé de la résistance anticapitaliste et antiimpérialiste. toujours avec cette clareté extrême, Rémy herrera montre que le conflit opposant Cuba aux Etats-Unis ne doit pas être lu « comme un résidu d'une confrontation Est-Ouest » mais doit l'être au prisme de leurs relations bilatérales, et de ce fait joue un rôle essentiel dans l'unification et la prise de conscience de l'Amérique latine. C'est pourquoi ceux qui s'étonnent du fait que Cuba qu'ils voient comme le vestige d'un système communiste partout ailleurs dénoncé ne comprennent pas le rôle réel joué par Cuba en particulier par rapport au reste du continent, mais aussi pour d'autres peuples du Tiers Monde.
Au passage, Rémy herrera nous présente un trés dense mais trés éclairant panorama de l'histoire de cet antagonisme entre Cuba et les Etats-Unis.Il fait un sort à ceux qui ne voient dans le lien entre Cuba, l'ex-union soviétique et le CAEM (COMECON) que cuba intègre en 1972 qu'une aggravation de la dépendance sucrière et une simple poursuite de la dépendance de ce pays avec les Etats-Unis toujours à travers le sucre. Rémy Herrera décrit « l'enclechement d'une industrialisation adaptée aux conditions d'un petit pays, à la maïtrise de la répartition du surplus et de pour favoriser une homogénéisation de la société, mais aussi à une formation scientifique et technique placée au service des besoins du pays.. soit l'exact contraire de ce qu'offrent à la périphérie du système mondial capitaliste. » Mais attention si Rémy Herrera remet bien des pendules à l'heure sur l'apport du socialisme, ou des expériences qui s'en rapprochent il n'en cache aucune des difficultés et à l'inverse de bien des commentateurs lie toujours les pesanteurs bureaucratiques, les dogmatismes académiques, les problèmes d'incitation à l'efficacité du travail, le manque de contrôle sur les moyens de production aux effets dramatiques qu'impose le blocus à ce petit pays.
Remy Herrera nous montre les prodiges réalisés, comment il y a eu dans les pires conditions, celles intervenues après la chute de l'URSS et le renforcement du blocus où ont pu être maîtrisés des mécanismes du marché sans retour au capitalisme.
On retrouve dans l'analyse de pays comme le Venezuela ou la Bolivie, avec des avancées vers le socialisme, la même sympathie et la même lucidité de la part de Rémy herrera. Par exemple quand il note que ce n'est qu'à partir de sa réelection en 2006 qu'il a été réellement question pour Chavez d'orienter le processus de transformation de la société vénézuélienne vers une forme d'organisation socialiste, dénommée « socialisme du XX siècle » avec des propositions alternatives de planification.
Le contexte n'est pas le même qu'à Cuba, les anciennes élites sont restées sur place et conservent le pouvoir politico-économique que leur garantissent la propriété des Moyens de production (sur les terres, les industries, les commerces...) et le contrôle d'une partie de l'activité bancaire et financière, la mise en oeuvre d'un dispositif de planification adapté aux besoins du pays et du peuple se heurte frontalement aux intérêts des capitalistes locaux comme étranger. Un processus de nationalisation de secteurs clés est mis en oeuvre. Mais la véritable innovation réside dans les EPS (entreprises de production sociales) qui foctionnent sous des régimes hybrides de propriété, démocratiquement gérées et dirigées par les travailleurs eux-mêmes en s'appropriant le suprplus généré par leur travail. Pour le moment ajoute Rémy Herrera le financement de ces EPS est resté trop faible pour espérer tenir tête aux multinationales.
Ce que va étudier Rémy herrera d'une manière concise mais qui a le mérite de mettre l'accent sur les secteurs stratégiques c'est le processus de transition au socialisme conçu comme un processus long où coexistent diverses formes de propriété, il préconise des orientations, des mesures supplémentaires au nombre desquelles l'accroissement des poids respectifs des entreprises publiques et de ces EPS.
Il faut également mesurer que le Venezuela a été et reste marqué par une économie de rente lié aux revenus pétroliers avec destruction du tissu industriel et développement de l'informel et le projet socialiste se confond avec un renforcement des transferts des revenus du pétrole, ceux-ci ont commencé à aller dans le sens des plus pauvres et à la participation populaire pour une société plus juste.
Rémy Herrera là encore comme il l'a fait pour Cuba montre les acquis mais aussi le long chemin à parcourir, les ré-orientation à opérer dans un contexte de guerre ouverte avec l'oligarchie soutenue par les Etats-Unis, sans parler des problèmes avec le voisin colombien.
Avec ce livre vous avez de véritables fiches qui peut être utile à la fois à l'enseignant et aux militant, parce qu'il fournit matière à un véritable savoir, celui qui permet d'intégrer de nouvelles connaissances et des approfondissements parce que l'information y est abondante mais éclairée par une problématique qui fournit matière à classement, à compréhension. il ne s'agit pas seulement d'étudier les avancées étatiques mais d'établir un état des lieux des mouvements sociaux puisque l'objectif est de montrer comment on se rapproche ou non d'une capacité d'intervention populaire sur les pouvoirs étatiques et pas d'une manière formelle.
Chacune des expériences de ce continent convergent vers le progrès social et la participation populaire mais elles sont menées dans des perspectives historiques sur des trames culturelles et à l'intérieur d'espaces nationaux trés divers. Donc Rémy Herrera pour nous faciliter la compréhension du processus tout en respectant la diversité et la complexité classe ces pays selon deux critères fondamentaux: premièrement sont-ils anti-capitalistes ou non, deuxièmement sont-ils anti-impérialistes ou pas? Anti-capitalistes, c'est-à-dire pour la remise en question des structures du système capitaliste. Anti-impérialiste c'est à dire pour ou contre la mise en oeuvre de stratégies de développement visant à dégager des marges de manoeuvres de souveraineté nationale.
Cuba est le seul pays où l'intégration anti-capitaliste et anti-impérialiste ont littéralement fusionné. le Venezuela, la Bolivie, l'Equateur (peut-être le Nicaragua)ont annoncé un processus mais pour le moment ils ont simplement attaqué la forme néo-libérale du capitalisme plus que ses structures profondes.
d'autres gouvernement sont à base populaire avec des dirigeants progressistes ont réalisé des avancées dans la lutte contre la pauvreté mais n'ont pas infléchi la ligne néo-libérale, il s'agit du Bresil, de l'Argentine, l'URuguay, le Guatemala, le Salvador, le Paraguay et le Chili jusqu'en 2010.
Dans d'autres pays on voit monter des luttes contre des régimes de droite voir d'extrême-droite. Et là encore Rémy Herrera va nous décrire toutes ces luttes, depuis le mouvement des sans terre au Brésil, un des plus puissants et les mieux structurés ou ceux du Mexique, mais il montre que partout sous des formes diverses et souvent singulières c'est tout un continent qui convergent vers le progrès social.
Donc ce livre est indispensable pour qui veut avoir une vue synthétique et profonde d'un continent dont les peuples se sont mis en mouvement sans toujours la conscience claire de ce qu'ils veulent mettre en oeuvre mais qui savent par l'expérience ce qu'ils rejettent et là réside leur unité.
Cependant sans contrôle réel- et non seulement formel plus poussé des classes populaires sur l'Etat, les conditions de transition au post-capitalisme (ou au pre-socialisme) ne seront que trés difficilement réunies. Si je partage ce point de conclusion de Rémy Herrera ainsi que l'insistance qu'il met à montrer l'importance de l'axe Cuba-Venezuela ou encore celui des résistances populaires encore didersifiées, je ne suis pas convaincue par sa proposition d'une Ve Internationale ou à tout le moins une organisation internationale de solidarité entre les travailleurs.
A l'inverse de l'ensemble de son livre riche, précis, argumenté, cette proposition mériterait un autre développement. En revanche comme lui je mesure bien l'intérêt y compris pour un pays comme la France et pour les forces révolutionnaires qui tentent avec les pires difficultés de se rassembler d'un nouvel internationalisme. Est-ce qu'une nouvelle internationale en est le chemin, je l'ignore. Ce qui est sûr c'est que nous avons besoin de savoir à quel point des forces de résistance sur des bases diverses existent et le livre de rémy herrera en est un des instrument les mieux conçus pour favoriser cette conscience internationale.
* Rémys herrera les avancées Révolutionnaires en Amérique latine, des transitions socialistes au XXI e siècle, Parangon/Vs Lyon 2010, 13 ? editions
socio13.wordpress.com