
Et maintenant, que démissionne le ministre !
mardi 22 juin 2010, par Olivier Bonnet
Le scandale prend de l'ampleur : "Dans une démocratie normale, la démission s'impose", réclame l'eurodéputée Eva Joly, comme le socialiste Arnaud Montebourg. Jusqu'à quand le ministre tiendra-t-il ?
Dans notre billet d'hier, nous abordions ce que les utilisateurs de Twitter appellent avec gourmandise le "woerthgate" par le prisme du traitement de l'affaire Bettencourt par France 2, où d'invraisemblables précautions oratoires trahissaient une rédaction tétanisée dès lors qu'il s'agit d'éclabousser le pouvoir. Nous ne regardons pas TF1, mais @rrêt sur images l'a fait pour nous : sur la chaîne de Martin Bouygues, parrain d'un fils Sarkozy, on a atteint le summum du déni d'information. "Comment un événement accède-t-il au statut de scandale national ? Un baromètre fiable permet toujours de se faire une idée : le 20 heures de TF1. Et ce week-end, la Une n'a pas hésité. En deux soirs, elle a dédié plus de 30 minutes – et mobilisé trois ministres – pour évoquer l'affaire Anelka et ses suites. Mais à propos des enregistrements au domicile de Liliane Bettencourt, la chaîne n'a cru bon de mentionner ni sa fraude fiscale présumée, ni ses liens avec le couple Woerth", écrit Dan Israël. "Le ministre est soupçonné d'avoir fait embaucher sa femme dans la société qui gère la fortune de Bettencourt. Société qui organisait l'évasion fiscale de la milliardaire, alors que Woerth, alors ministre du Budget, avait justement lancé une très médiatique bataille contre les fraudes fiscales. Mais de ces difficultés, le téléspectateur de TF1 ne saura rien. Car si la chaîne a bien consacré un reportage de deux minutes aux enregistrements pirates de Bettencourt et de ses conseillers, elle n'a pas cité le nom du ministre. Pas plus d'ailleurs qu'elle n'a explicitement indiqué que la milliardaire disposait de plusieurs comptes à l'étranger, abritant plusieurs dizaines de millions d'euros*. Le sujet de TF1 se concentre sur les relations compliquées entre Bettencourt et le photographe François-Marie Banier, que la fille de la milliardaire accuse d'avoir extorqué un millliard d'euros à sa mère. Les "détails" fiscaux et politiques sont, eux, artistiquement camouflés dans une phrase banale : "Montages financiers, accointances avec des personnages politiques : des enregistrements explosifs." Comment peut-on oser parler d' "enregistrements explosifs" sans préciser en quoi ils le sont ? Le conducteur du journal en lui-même est déjà inepte : 30 minutes sur l'affaire Anelka, 2 pour Bettencourt. Cette disproportion flagrante pourrait s'admettre au nom d'un choix éditorial - plus que douteux, mais il s'agit de TF1 ! - si seulement la deuxième affaire était traitée correctement. Or le fait de ne pas même mentionner le nom de Woerth ni d'évoquer la fraude fiscale constitue une véritable faute professionnelle, si le journaliste ne s'est pas aperçu que ces éléments étaient fondamentaux, ou alors une scandaleuse violation de la déontologie journalistique, s'il les a sciemment éclipsés. A votre avis ? La première hypothèse est invalidée par l'expression "enregistrements explosifs" : ne pas en parler représente par conséquent ni plus, ni moins qu'un mensonge par omission. Une volonté délibérée de ne pas informer le téléspectateur des faits qui nuisent à l'UMP, comme une vulgaire Pravda sarkozyste. Ou, pour le formuler en termes moins violents, un grave manquement au "devoir de rigueur dans le traitement de l’information", comme le CSA avait contraint la chaîne de s'excuser à l'antenne, à la suite de manipulations répétées que nous relations dans un billet de mars dernier titré de façon (si peu) provocatrice Et si l’on coupait l’antenne à TF1 ? Le CSA se manifestera-t-il cette fois-ci, pour protester de la protection qu'a accordé TF1 au ministre du travail ? Pas qu'à lui, d'ailleurs : Bettencourt a signé trois chèques destinés à Woerth, Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy, révèlent les enregistrements pirates, mais ces versements ne sont évidemment pas mentionnés par TF1. La Une a même poussé le cynisme jusqu'à interroger Woerth le jour-même, sur l'affaire... Anelka, sans une seule question à propos de Bettencourt !